Mercredi 10 juillet 2002
A 12h 30
Il se peut qu'elle soit jusqu'à cette heure endormie, et Roubi* est emprisonné en dehors de la chambre ou peut-être qu'il pratique son activité favorite à sauter autour de la dormeuse. Il se peut aussi qu'elle fasse n'importe quoi dans la maison, si jamais elle s'y trouve,
Je ne sais pas!!
Il se peut qu'elle boive un thé dans le hall. Mais c'est complètement invraisemblable qu'elle regarde «L'Emigré»* ou qu'elle écoute une cassette audio spécifique qu'elle espère négliger définitivement. Il se peut qu'elle range ses outils: les boîtes de couleurs, les peintures faites au crayon et qu'elle n'a pas l'intention d'achever. Ou bien qu’elle ramasse des affaires qu'elle tient à rendre à leurs propriétaires ou à son ami très odieux, devenant trop éloigné et trop bizarre,
Tout cela si jamais elle se trouve à la maison,
Je ne sais pas!!
Il se peut qu’on se rencontre aujourd'hui à 18h 00, mais si elle se trouve occupée, alors ce sera demain ou après demain, mais c'est certainement à 18h 00.
J'attends devant le bus tout en la cherchant … je reste aux alentours de la station des bus où un autre après l’autre passe…
Jusqu’à ce qu'elle arrive.
Nous allons ensuite faire plusieurs tours pour arriver enfin au café, nous buvons donc deux cafés forts, silencieux en parlant à peine, tout en regardant l'un l'autre, il se peut que nous parlions de plusieurs détails d'un tel sujet, mais c'est certain que nous demeurons silencieux en parlant à peine et se regardant l'un l'autre…
Il se peut également qu'elle m'appelle de chez une de ses amies, dans ce cas j'attends devant le bus ou bien la statue juste à côté de la librairie. Je regarde les livres, en lisant les titres de derrière les vitres sans pouvoir y rentrer. Je pourrais attendre devant le cinéma estival juxtaposant la librairie, la séparant de la statue et qui est toujours ouvert en hiver. D'habitude, avant le spectacle de 18h 00, le cinéma diffuse la chaîne radio des chansons ou bien une autre. L'important est que j'attends toujours à côté de la statue, puisque nous nous sommes mis d’accord de se rencontrer juste à côté de cette belle et grande statue avec ses traits légers. Certainement je prends le retard comme prétexte et je fais semblant d'être furieux, pourtant je suis très heureux qu'elle soit avec moi.
En passant par les cinémas, nous écoutons la chanson d'Asmahan, «Quand est-ce que tu sauras». Elle ne fait pas attention, mais je lui dis «écoutes», et elle aura un grand sourire aux lèvres tout en s'arrêtant pour écouter la chanson jusqu’à la fin. Ensuite, nous marchons jusqu'au souterrain, moi, je n'ai pas envie de parler, il me suffit de.. l'écouter.
Bien sûr j'ai les billets sur moi pour qu'elle n'attende jamais .. nous entrons au souterrain, et comme d'habitude, elle se met sur une marche plus élevée de l'escalier électrique, et de bon gré, elle descend cette marche pour qu'on soit l'un à côté de l'autre sans prêter attention aux gens qui se pressent pour rattraper le métro dont ils entendent le son mais ne sont pas sûrs qu'il est là, ils sont pressés! Certainement, nous trouvons une place vide mais nous préférons rester debout, seuls au milieu de l'étonnement des pressés. La plupart du temps nous restons silencieux, nous échangeons seulement les sourires…et une fois que nous voulons parler, le son du métro s'élève, notre voix s'élève donc ..Et à cet instant nous ne nous arrêtons pas de parler, nous continuons à parler…parler…c'est vrai que l'un n'arrive pas à écouter même sa voix, mais chacun de nous est capable d'écouter parfaitement l'autre.
Ensuite, nous descendons.. j'ai toujours les billets en poche jusqu'à la sortie. Comme d'habitude, c'est moi qui se charge de cette tâche tout en disant merci, sauf lorsqu'elle est fâchée, puisqu'elle maintient le sien tout au long du chemin.
Nous descendons, nous marchons un peu jusqu'à arriver au café, nous commandons deux cafés forts, nous restons silencieux en parlant à peine, tout en se regardant l'un l'autre, il se peut que nous parlions de plusieurs détails d'un tel sujet, mais c'est certainement que nous demeurons silencieux en parlant à peine et en se regardant l'un l'autre…j'essaie de lui dire que c'est encore tôt pour rentrer, elle se met d'accord avec moi, jusqu'à ce que je pense moi-même que c'est trop tard, et nous en allons.
Nous arrivons à la station de bus, nous attendons devant le bus jusqu'à la dernière minute. Elle attend toujours jusqu'à ce que le chauffeur arrive et que le bus commence à bouger. Elle disait toujours: «Il va faire le tour…on a le temps». Nous faisons signe au chauffeur qui nous regarde furieusement et parfois il nous laisse, alors nous retournons à la même place pour attendre un autre bus tout en recommençons les mêmes actes jusqu'à ce que le bus s'arrête en faisant son tour de l'autre côté, il nous regarde aussi furieusement puisque nous étions sur place depuis longtemps.
Et el-le mo-nte
Elle essaie de me faire signe de derrière la vitre fumée, mais chacun voit l'autre, alors je lui fais signe jusqu'à ce que le bus disparaisse complètement. Moi, je reste debout aux alentours de la station de ce bus qui a disparu et où certainement un autre viendra, et un autre, et un autre…
Jusqu'à ce qu'elle arrive.
Tout cela en supposant qu'elle m'appellerait avant de sortir de chez elle ou bien de chez l'une de ses amies.
Mais je ne sais pas où elle se trouve maintenant, c'est déjà 18h 00
Est-elle chez elle ou non à présent,
Je ne sais pas!!
Muhamed Abdalraheem
TRADUIT PAR : Racha Hanafi
Roubi est un petit chat agressif, dont je n’ai aucune nouvelle depuis l’age de dentition.
L’Emigré est un film de Youssef Chahine.